11 mars 2008

J'ose

Ce soir-là, j'étais venue avec lui. Je l'avais entraîné hors de son territoire, à l'autre bout de Paris. Je me demandais ce qu'il pensait, à ce moment-là. Quant à moi, je regardais la lumière passer à travers du demi de bière que j'avais posé sur la table. J'écoutais Gédéon égréner les paroles du Tango du Vélo, que je commence à connaître par coeur.

Si tu ne veux pas avoir des points d'suture
N'abime surtout pas mon vélo.

Et sa main posée légèrement sur mon bras a soudain ranimé l'envie d'écrire que j'avais enfouie ces derniers mois. J'ai eu l'impression que la peinture métallisée que j'avais mis tant de temps à mettre sur mon coeur était en train de partir en écailles. Mon stylo s'est emballé sur le bout de papier froissé que j'ai fièvreusement tiré de mon sac sous le regard circonspect de Gédéon qui, un oeil sur son texte, un oeil en ma direction, devait se demander ce que j'allais encore raconter.

Alors, mon cher Gédéon, et vous, les cogédéonistes de talent, pardonnez-moi, car vous n'êtes pas au coeur de ce que je dois écrire ce soir. Mais je crois que vous m'en tiendrez pas rigueur

Allez, parce que j'adore ce que vous faites, hop, un petit lien pour donner envie à ceux qui n'ont pas encore osé venir vous voir.

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30 juin 2007

Yesssssssss

La dernière fois que j'ai littéralement sauté de joie, c'était quand j'ai eu mon permis de conduire. Je pense que mes voisins devaient me regarder tristement, en pensant "Ah, les dégats de la drogue chez les jeunes, c'est quand même terrible". Et franchement, je crois que rien ne m'indifférait plus que leur regard. J'étais heureuse, c'est tout. J'avais le rose au joues, et je sautais de joie en plein milieu de la rue en agitant frénétiquement au regard des passants incrédules un petit bout de papier qui, forcément, n'éveillait rien en eux.

Ce matin j'ai cru revivre ce moment lorsque j'ai vu que j'avais reçu un mail que j'attendais assez nerveusement. Alors je n'ai pu m'empêcher de faire le tour de mon studio en sautant à cloche-pieds! A jeûn, je tiens à le dire. Et je ne me suis même pas cogné le petit orteil contre le coin fourbe d'un meuble. C'est pour vous dire combien j'ai de la chance... finalement!

Est-ce qu'il vous est déjà arrivé d'avoir l'impression de recevoir le cadeau de Noël qui vous avait tellement fait rêver en plein mois de juin?
Illustration: Emilie Stora

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26 juin 2007

F5 Machine

Souvenez vous.

Oui, vous savez bien, il y a quelques années, le soir, quand on rentrait, on se jetait désespérément sur la machine qui avait osé transformer votre voix suave en un mix industriel

« Scccrrr…. Vvvvv… vous êtes bien au 01 … chhhhh… 34… scrrrrr… 27. Merci de laisser vvvvvvvvvotre message après le scrrrrrrrrignal sonorechhhhhhh. BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP »

Et si le monstre transformateur ne clignotait pas, on se contentait de lui jeter un regard de mépris et d’appuyer sans avoir l’air d’y penser sur On/Off.


« Salaud », qu’on pensait. Mais qu’on ne disait pas. Faut pas exagérer, non plus. Depuis quand les battantes montrent-elles des signes de faiblesse ? On ne va pas se faire avoir par de la tech-no-lo-gie, non plus. D’ailleurs, la bande marchait-elle encore, se demandait-on alors, la sueur commençant à perler ? On aurait pu manquer l’appel de notre vie !!!!! Et pas moins ! Saleté de machine, tout de même...

Alors, d’un air tout aussi digne, on appuyait à nouveau de la pointe de l’index sur le même bouton On/Off, et on faisait nos petites manips en bon pilote automatique, jusqu’au moment fatidique. Au BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP agressif du répondeur succédait un silence éloquent, immédiatement suivi des deux petits bips courts qui ponctuaient cette séance de honte auto-administrée en bonne et due forme. Heureusement, en général, ça se passait sans témoins.

Quelques années ont passé, et cette séance de honte a évolué. Petite séance deviendra grande. Elle est surtout devenue plus fréquente grâce au mail que l’on peut consulter à tout moment. Et au lieu d’attendre le soir, c’est presque chaque heure, qu’en quelques dixièmes de secondes, on peut faire joujou. Il suffit d’appuyer sur f5. Et hop, la page se rafraîchit, et on guette alors avec le même espoir lamentable la boîte de réception qui n’affiche ja-mais le message attendu. «Salaud», qu’on pense alors.

Eh oui, jamais. C’est une règle, la règle. Alors certaines fois on essaye de faire comme si on aller passer outre, et ni vu ni connu, hop, un p’ti coup de f5. Voire plusieurs, car pareil, on n’est jamais sûres.

On ne va pas se faire avoir par de la technologie, non plus.

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29 avril 2007

Retour en arriere... ou avancée?

J'ai décidé de prendre le téléphone ce soir et d'appeler quelqu'un que j'ai fait sortir de ma vie il y a près de 5 ans parce qu'elle m'avait blessée.

Nous nous connaissions alors depuis 15 ans. Nous nous étions rencontrées dans une bibliothèque un peu poussiéreuse d'un collège du 18ème arrondissement qui abritait nos répétitions de chorale. Nous étions sur le coup "tombées en amitié", tout comme les québécois parlent de "tomber en amour". Elle me considérait comme la soeur qu'elle n'avait jamais eue. Cela ne pouvait en être autrement pour moi.

5 ans après notre "rupture", je crois que je suis capable d'oublier, ou plutôt non: d'essayer à nouveau.

Est-ce que c'est ça, être adulte?
Au cas où vous vous posiez la question, non, ce n'est pas nous sur la photo. Mais cela aurait pu l'être.

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03 mars 2007

Arrêt sur image

C'est la deuxième fois que j'assiste au rite des Derviches Tourneurs. Ma première rencontre avec eux date d'il y a 15 ans.

Février 1992, Istanbul. Sainte-Sophie sous la neige offre un spectacle époustouflant. J'ai encore en mémoire les quatre paires de chaussettes superposées que je portais pour entrer dans les mosquées. Touriste dans une ville qui semblait par moment retenir son souffle tant l'air glacé bloquait mes poumons.

Les souvenirs deviennent un peu confus, mélange d'odeurs d'épices dans les restaurants, dans le Grand Bazar, bousculade dans l'Université, visions superposées de la Basilique Citerne, des personnes vous proposant de vous peser sur le pont du Bosphore, de femmes recourbées devant le tombeau d'Eyüp...

Et aussi cette rencontre insolite avec une vieille femme qui vivait seule avec un âne dans la colline d'une petite île dans le détroit du Bosphore et avec qui j'ai partagé un petit moment. Elle ne parlait ni anglais ni français, et moi je luttais comme je pouvais avec mes quatre phrases apprises par coeur dans l'avion. Mais je me souviens de sa voix éraillée, des sourires échangés, de ses yeux transparents qu'elle a écarquillé quand je lui ai dit "Paris", du thé que nous avons partagé, de son fichu à fleur et de la curiosité de l'âne qui semblait vouloir prendre part à ce moment.

Et il ya eu les derviches. Nous voulions visiter le musée de la musique, et là, grande déconvenue, on nous dit qu'il n'est pas possible de visiter car la télévision a investi les lieux pour un tournage. Mais une femme vient vers nous, et en français nous dit que nous pouvons assister au tournage si nous sommes très discrets.

Nous rentrons donc dans le musée, à la fois excités de cette aventure imprévue, et très intimidés d'assister à ce rite rare. La femme reste à nos côtés et nous explique tout : leur origine, à Konya, le soufisme, la codification, la position des mains, la droite vers le ciel pour recevoir le message divin, la gauche vers la terre pour le retransmettre, les couleurs des robes, le noir des "impuretés terrestres", le blanc de la pureté ressentie lors du contact avec Dieu, les couleurs vives de celles des apprentis, qui ne sont pas encore capables de ressentir la pureté, les salutations, pourquoi ils se penchent vers le maître de cérémonie comme pour recevoir une confidence...

Je me souviens des sensations fortes que j'ai éprouvées, de l'impression d'être complètement happée par ce qui se passait devant mes yeux, d'autant plus que nous n'étions que quelques uns assis sur les bords de la salle ronde du musée.

Alors, forcément, je n'ai pu résister à l'envie de retenter cette expérience il y a quelques jours, salle Pleyel. Et j'ai eu l'impression de repartir 15 ans en arrière et de revoir Sainte-Sophie sous la neige...

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23 octobre 2006

Enfer et chocolat

Qui ne connaît l'arythmie provoquée par une réponse (in)espérée à une question parfois banale?

- Voudrais-tu m'épouser?
- Oui

- Qu'y a-t-il au dessert?
- Un gâteau au chocolat

Ayant (beaucoup) plus souvent à répondre à la deuxième question qu'à la première, je suis devenue au fil des ans spécialiste du gâteau au chocolat. J'ai d'ailleurs un moment hésité à rajouter une ligne dans mon CV, Spécialiste es-GAC, rien que pour le plaisir de répondre à "Mais, es-GAC, cela veut dire...?" et de voir à la réponse les yeux briller, un léger sourire se dessiner et la langue passer subrepticement sur les commissures de la bouche de mon interlocuteur.

Oui, je maîtrisais les nuances et déployais mon art en fonction de mon public. Pépites de chocolat, écorces d'orange, crème anglaise, ou décoration étaient autant de variations possibles.

Il est incroyable de constater qu'année après année, rien ou presque n’arrive à créer le consensus comme un gâteau au chocolat. Faut-il y voir une madeleine de Proust collective?
Ou peut-être autant de souvenirs heureux de fêtes d'anniversaires où, enfants, nous nous approchions timidement du grand gâteau apportés par nos parents, et nous accueillions à chaque fois par des "ahhh" et des "ohhh" qui rendaient jaloux bien des séducteurs en herbe, raie sur le côté, mèche rebèle qui caressait leur paupière, moue boudeuse et mains dans les poches.

Serpentins, sarbacanes à pois et boules de papier mâché perdaient instantanément de leur attrait, qui nous semblait pourtant inégalé quelques instants plus tôt.

Les plus audacieux osaient tendre un doigt afin de pouvoir jouir avant les autres d'un peu du nappage brillant qui recouvrait le gâteau. Il fallait prendre des risques, être suffisamment adroit pour se faufiler entre les amis, suffisamment discret pour ne pas se faire voir de tous, et suffisamment rapide pour ne pas se faire réprimander par la maîtresse de maison.

Chacun cherchait alors à courtiser la maman qui s'appliquait alors à couper le gâteau et nous le servir. Quelle serait la tactique à employer afin de rafler la plus grosse part? Un compliment sur sa belle robe? Un regard timide afin d'apitoyer? Un sourire éclatant d'enfant heureux?

Forcément, nous trouvions toujours que le voisin avait une plus belle part. Mais finalement, cela importait peu. Nous dévorions rapidement notre part d'or noir, en ponctuant sa dégustation par des sourires aux dents noires, comme autant de respirations de jouissance.

A la fin, un peu écoeurés par tant de plaisir, nous retrouvions nos serpentins, que nous avions délaissés sans un regard.

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